Imaginez-vous face à deux journées : l’une où vous avez mangé un petit‑déjeuner équilibré (protéines, bons lipides, fibres), l’autre où vous avez pris juste quelque chose de sucré ou sauté le repas. Avez‑vous déjà remarqué que vos décisions, votre patience, votre façon d’aborder les gens, de résoudre un problème ou de vous concentrer changent selon ce que vous avez absorbé ? Ce n’est pas votre imagination. Ce que vous mettez dans votre assiette agit sur votre cerveau, vos émotions, et donc sur vos choix, beaucoup plus qu’on ne le croit.

Un cerveau bien nourri, une pensée plus claire

Le cerveau est exigeant. Il consomme beaucoup d’énergie pour fonctionner (pensée, mémoire, concentration). Les nutriments spécifiques, oméga‑3, vitamines B, protéines et antioxydants sont comme des pièces de précision qui permettent à ce moteur de tourner nettement. Quand ces éléments sont manquants, ou quand le carburant est instable (par exemple beaucoup de sucre mais peu de fibres ou de protéines), le moteur a du mal à maintenir sa puissance : fatigue mentale, brouillard, hésitation.

Les chercheurs montrent que des régimes riches en bons gras (comme ceux des poissons gras ou huiles de qualité), en légumes colorés, en sources de vitamines B stabilisent les fonctions exécutives, la capacité de planifier, de réfléchir, de résister aux impulsions (1).

Le rôle des signaux corporels : de l’intestin au cerveau

Votre corps vous parle. Par la faim, par la satiété, par votre ressenti énergétique. Et l’intestin joue un rôle central dans ce dialogue. Le microbiote (les milliards de bactéries de l’intestin) produit des molécules qui influencent le cerveau : dopamines, sérotonine, petits neurotransmetteurs, et même certains acides gras.

Quand l’alimentation est déséquilibrée, excessif en sucre rapide ou carences, le microbiote se désorganise, et les signaux envoyés au cerveau deviennent moins harmonieux. Cela peut augmenter le stress, l’impulsivité, réduire la clarté mentale. (2)

L’équilibre glycémique : le stabilisateur silencieux

Un des points clés que vous pouvez maîtriser est la glycémie (le taux de sucre dans le sang) : quand elle monte, puis redescend brutalement, cela provoque ce qu’on appelle un “pic de glycémie” puis une “chute”. Lors de la montée, vous vous sentez peut‑être vif, alerte. Mais la chute qui suit peut créer fatigue, irritabilité, perte d’énergie mentale. Ces hauts et bas nuisent à la capacité de décider calmement.

Associer les glucides à des fibres, des protéines ou des bonnes graisses contribue à lisser ces variations, et permet de garder une énergie mentale plus stable tout au long de la journée. (3)

Comment ces mécanismes se traduisent dans vos décisions

Quand votre corps est soutenu, vous avez moins de moments d’hésitation, moins d’impulsivité. Vous êtes plus disponible à réfléchir, à choisir selon vos valeurs, plutôt que selon votre peur, votre fatigue ou vos automatismes.

Par exemple, dans des situations de stress, choisir de prendre un moment pour respirer ou réfléchir est possible si le cerveau n’est pas déjà en surcharge. A contrario, fatigue ou alimentation déséquilibrée rend ces choix plus difficiles : on opte alors pour le plus simple, souvent le plus rapide, mais pas toujours le meilleur.

Ce que vous pouvez appliquer dès aujourd’hui

  • Commencez la journée par une assiette riche en protéines et en fibres.
  • Pensez “pause énergétique” quand les choix s’amenuisent : une collation équilibrée (fruit complet + tranquille poignée de noix) plutôt qu’un snack sucré rapide.
  • Remplacez progressivement les aliments ultra‑transformés par des aliments complets : légumes, fruits, céréales anciennes.
  • Écoutez votre ressenti après les repas : prenez note de comment vous vous sentez — énergisé·e ou somnolent·e, concentré·e ou dispersé·e — cela vous aidera à ajuster vos choix.

Conclusion

Vos décisions quotidiennes ne sont pas seulement le fruit de votre volonté ou de votre caractère, elles sont intimement liées à ce que vous mettez dans votre corps. En nourrissant votre cerveau, en stabilisant votre énergie, en écoutant ce que votre intestin vous envoie comme signaux, vous donnez à votre esprit les conditions pour choisir avec confiance, clarté et alignement.


Sources principales

  • (1) Gómez‑Pinilla F., Brain foods: the effects of nutrients on brain function, Nat Rev Neurosci, 2008.
  • (2) Del Portillo MM et al., Nutritional Modulation of the Gut‑Brain Axis, PMC Ce 2024.
  • (3) Lewis JE et al., Effects of nutrients and phytonutrients on cognitive function, J Clin Transl Res, 2021.

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